N’y a-t-il pas de réalisation plus grande que de voir son premier enfant naître? Qu’en est-il quand cet enfant se trouve être un garçon? Surtout pour un père. Je revois encore ce moment où mon fils a vu le jour pour la première fois. Lui pleurait parce qu’il devait trouver son air, moi, je pleurais car non seulement mon premier enfant venait de naître, mais c’était le garçon que j’avais tant espérer. Eh oui! Encore aujourd’hui, plusieurs hommes souhaitent (très intérieurement) avoir leurs fils. J’aurais été aussi heureux de voir une fille, mais, un fils, alors là, c’était la réalisation ultime. C’était les rêves les plus chers de pouvoir montrer à ce fils comment jouer au baseball, passer de nombreuses heures à discuter de voitures et de sport, à lui faire passer la tondeuse, et pourquoi pas, à le voir battre son papa dans les domaines que celui-ci excellait.
Ce 24 novembre de l’an 1997 était un jour où tous les rêves étaient réalisables, même les plus farfelus. Mon fils allait devenir joueur de baseball professionnel, allait se marier, allait avoir des enfants pour faire de moi un grand-père comblé, sans compter qu’il prendrait sa retraite a 40 ans. Quelle vie il allait avoir! Le docteur revient avec les premier résultats et tout est beau. Je suis encore plus comblé! Mon fils est en parfaite forme physique. J’ai un enfant, un garçon par surcroit, et il est en santé.
Les mois passent et rien ne m’enlève mes aspirations quant à mon fils. Au contraire, ce dernier pousse tellement rapidement, qu’on doit augmenter la quantité de ses boires plus rapidement que le cours “normal”. Rien à s’inquiéter, il est par-dessus les courbes de grandeur et de grosseur dans une proportion équilibrée. Mes rêves de joueur de baseball se transforme en rêve de joueur de football tellement il sera une “armoire à glace”.
Par contre, tout n’est pas si rose. A 18 mois, ce dernier ne fait que se traîner sur les fesses pour se déplacer. Il a peine à se lever debout, et on n’imagine même pas le moment où il commencera à marcher. Par contre, le tout se produit dans le 21ème mois. Mais plusieurs choses nous agacent quant à son développement. Et nous avons cette confirmation lorsque nous rencontrons le pédiâtre et que ce dernier nous indique qu’il devrait avoir, en général un vocabulaire de près de cent (100) mots. Fait inquiétant, il n’en prononce qu’une dizaine, voire un vingtaine peut-être. C’est alors que le pédiâtre nous demande: “Si on lui demande ‘où est papa?’, que vous montrera-t-il?” Sachant quand même assez bien ce qu’il répondrait, je réponds: “Probablement le cadre dans votre bureau”. Alors viens la réalisation que mon fils ne communique pas, du moins, pas très bien. Le docteur nous place donc sur les listes d’attentes pour des évaluations. Evaluations en orthophonie, en physiothérapie, en ergothérapie, etc..
Naturellement, il a fallu quand même un certain temps pour avoir ces évaluations, mais malgré tout, on nous dit: “Pas de diagnostic pour le moment. Trop jeune.” On nous envoie dans les centres de réadaptation, on nous inscrit avec le sprogrammes d’aide aux parents, on nous dit que les problèmes de notre fils sont minimes à ce stade-ci mais qu’il est bien qu’on y ait vu aussi tôt. Soupir de soulagement. Mon fils va s’en sortir. Ce n’est qu’une question de temps et d’aide. Tout le monde a besoin d’un peu d’aide une fois de temps en temps.
Finalement, une intervenante nous explique que notre fils est probablement T.E.D. (Trouble Envahissant du Développement) mais que nous ne pouvons pas tirer de conclusion aussi tôt. On ajoute à cela, au moins une évaluation à toutes les années. Toutes différentes les unes des autres. Ce sera finalement à l’àge de sept (7) ans que mon fils sera diagnostiqué officiellement T.E.D. par une équipe de spécialistes de St-Hubert.
Mais vous savez, je dois vous raconter sa rencontre avec une spécialiste alors que ce dernier avait 3 1/2 ans. Même si aujourd’hui, je ne souhaite plus revoir cette personne, c’est grâce à elle si aujourd’hui je peux suivre mon fils au jour le jour et vivre les mêmes succès qu’il vit. Cette dernière avait établi un diagnostic (erroné) de D.I. (Déficience Intellectuelle) à mon fils car il n’avait pas coopérer lors des différents tests. Lors de la rencontre avec celle-ci, non seulement, nous sommes-nous fait dire que notre fils était déficient, mais ce dernier n’aurait pas de femme, pas d’enfants, peu de chance de carrièreet probablement encore moins d’autonomie. Deux minutes, c’est tout ce qu’il avait fallu à cette dame pour faire disparaître 3 1/2 ans de rêves. Deux minutes. J’en ai eu pour une semaine à faire le deuil de mon fils.. qui n’était même pas mort.
Par contre, aujourd’hui, je peux vous dire que même si je ne veux pas revivre cette expérience, c’est un peu grâce à cette étape dans la vie de mon fils si je suis capable de suivre, d’accepter et de vivre les succès de mon fils, même s’ils viennent un peu moins rapidement que je ne l’aurais souhaité. C’est sûr que c’est facile de dire que je vis au jour le jour maintenant, même si je sais qu’en dedans de moi ce n’est pas tout à fait vrai. Par contre, mon fils restera toujours mon fils, et ça, il n’y a aucun spécialiste qui pourra m’enlever cette fierté.